Actualités 2016

72ème cérémonie d’hommage à la résistance et aux fusillés d’Arbonne-la-foret

 
72ème cérémonie d’hommage à la résistance et aux fusillés d’Arbonne-la-foret

Dimanche 28 août 2016

Dans le plaine de Chanfroy, Jean-Luc Marx, Préfet de Seine-et-Marne a présidé la cérémonie en mémoire des trente six martyrs de la résistance fusillés en ces lieux par l’occupant nazi les 21 juillet et 17 aout 1944.

Accompagné par plusieurs dizaine de porte-drapeaux représentants le monde combattant et les associations patriotiques du département, c’est en présence de très nombreux élus et des autorités civiles et militaires qu’un large public a rendu un vibrant hommage à la mémoire des suppliciés, ainsi qu’à l’ensemble de morts de la résistance.

À cette occasion, Monsieur le Préfet a procédé à la lecture d’un message rappelant que l’exemplarité des valeurs pour lesquelles ils combattaient demeure une référence pour nous tous aujourd’hui.

Vous pouvez prendre connaissance du discours lu par Monsieur le préfet lors de cette cérémonie.

 

"Seul le prononcé fait foi"

Discours de Monsieur Jean-Luc MARX,
Préfet de Seine et Marne
 
Cérémonie en hommage aux fusillés de la Plaine de Chanfroy
Dimanche 28 août 2016
(Arbonne-la-Forêt - 11h)
 
- Madame le Maire,
- Mesdames et messieurs les élus,
- Messieurs les représentants des autorités militaires et civiles,
- Mesdames et Messieurs les Présidents d’associations d’anciens combattants et de victimes de guerre,
- Mesdames et Messieurs les Porte-drapeaux
- Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
 
En ce 28 août 2016, nous sommes réunis, comme tous les ans depuis 1945, sur ce site de la Plaine de Chanfroy en Forêt de Fontainebleau, pour nous souvenir et pour honorer la mémoire de ceux qui, ici, ont payé de leur vie leur combat pour que vivent les valeurs de la Patrie, les valeurs de la France.
Ces valeurs, les résistants les ont incarnées et défendues contre un occupant allemand qui, en pleine déroute en cet été 1944, organise l’odieuse répression de ceux qu’il appelle des « terroristes ». A l’heure où les combats font rage en Normandie et où les réseaux de résistance et les maquis multiplient les sabotages et les attentats, la Gestapo, les Feldgendarmes et la Milice mènent une traque sans merci. Résistants et maquisards sont abattus dans les champs ou emprisonnés, interrogés et torturés.
Dans cette répression féroce, Wilhem Korf  qui dirige la Gestapo de Melun, se distingue particulièrement en Seine-et-Marne, à La Brosse Montceaux, à Fontainebleau. Que s’est-il passé ici ?
Le 21 juillet 1944, dans les quelques heures qui suivirent l’exécution du colonel Claus Von Stauffenberg, lequel avait tenté de supprimer Hitler, 22 détenus de la prison de Fontainebleau, mains liées dans le dos,  reçoivent l’ordre de monter dans un camion. Ils sont dirigés vers une destination inconnue. Le camion revient vide.
Dans l’après-midi du 17 août 1944, alors que la veille les forces françaises libres du général de Lattre de Tassigny débarquaient en Provence, qu’au cours de la journée Châteaudun, Chartres et Orléans étaient libérées, le même scénario se reproduit. Cette fois, ce sont 14 prisonniers qui sont emmenés. | La camionnette aurait du charger 18 prisonniers, mais le véhicule ne pouvait en prendre que 14… Les 4 détenus restés dans la cour de la prison regagnent leurs cellules, ce sont l’Abbé André Binet, curé de Chartrettes, Henri Devarenne, Guy Edmond et Roger Forthomme. Pour les 14 autres, la destination est toujours inconnue.
Ce n’est que bien plus tard, le 7 décembre 1944, alors qu’ils venaient chercher du sable dans cette carrière, que des soldats américains exhumeront les corps et que du même coup éclatera la terrible vérité.
Les deux charniers de Chanfroy, une fois mis à jour, révèlent 36 dépouilles, 36 hommes. 35 seront identifiés, un seul restant, aujourd’hui encore, anonyme. Tel le soldat inconnu (de 14-18) reposant sous l’Arc de Triomphe, il est un symbole des martyrs de la résistance clandestine, ces combattants le plus souvent sans visage mais dont nous nous devons de commémorer la gloire anonyme.
Cet homme aujourd’hui sans nom que nous nous devons d’honorer fut détenu dans la prison de Fontainebleau aux côtés des 4 survivants de ce drame ; il a été emmené ici aux côtés de ses valeureux compagnons d’infortune ; il est mort ici, de la cruauté barbare du régime nazi.
En cette journée de souvenir, au nom du devoir de mémoire, nous devons rappeler que la résistance de ces 36 patriotes relève d’un acte de bravoure et d’engagement collectif dont nous sommes tous fiers.
Ils ont leur place, aux côtés de toutes ces femmes et de tous ces hommes, vivants et morts, qui partout, en Afrique, en Italie, sur les plages de Provence, de Normandie, en Allemagne, dans les camps de concentration, ont représenté la part prise par la France à la lutte mondiale pour la liberté.
Ces frères d’armes, restés unis dans la mort comme ils l’étaient dans le combat, nous laissent un message en héritage, un message pour que vivent les valeurs de la patrie, de l’humanisme, de la justice et de la tolérance.
Un message, tel celui qu’écrivit Guy MOQUET en 1941 sur les murs de sa geôle : « Les copains / vous qui restez soyez dignes de nous ! ». 
De fait les martyrs de Chanfroy sont pour l’éternité des combattants des légions de "l'armée des ombres ", qu’André MALRAUX voyait accompagner Jean MOULIN lors de son entrée au Panthéon.
Ils appartiennent au "terrible cortège. Avec ceux qui sont morts dans les caves sans avoir parlé, et même, ce qui est peut-être plus atroce, en ayant parlé ; avec tous les rayés et tous les tondus des camps de concentration, avec le dernier corps trébuchant des affreuses files de Nuit et Brouillard, enfin tombé sous les crosses ; avec les huit mille Françaises qui ne sont pas revenues des bagnes, avec la dernière femme morte à Ravensbrück pour avoir donné asile à l'un des nôtres."
En leurs noms nous devons transmettre l'héritage de valeurs qu’ils nous ont légué, l’amour de la Patrie bien sûr, et puis notre triptyque républicain : liberté, égalité, fraternité.
Dans les périodes troublées du monde dans lequel nous vivons, les attentats de janvier et de Novembre 2016, ceux de cet été nous l’ont douloureusement rappelé, il est important, il est essentiel de partager notre histoire, nos valeurs, tout ce qui nous rapproche et fait de nous le peuple français, la nation française.
Je vous remercie.

 

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