Actualités 2016

Commémoration du Souvenir des 11 forces françaises de l’intérieur fusillés à Villeneuve-Saint-Denis

 
 
Commémoration du Souvenir des 11 forces françaises de l’intérieur fusillés à Villeneuve-Saint-Denis

Dimanche 28 août 2016

En début d’après midi dans la Forêt de Ferrières, Pierre-Emmanuel PORTHERET, sous-préfet –directeur de cabinet du préfet de Seine-et-Marne a présidé la cérémonie de Commémoration du Souvenir des 11 FFI fusillés à Villeneuve Saint Denis.

Accompagné par plusieurs dizaine de porte-drapeaux représentants le monde combattant et les associations patriotiques du département, c’est en présence de très nombreux élus et des autorités civiles et militaires qu’un large public a rendu un vibrant hommage à la mémoire de 11 jeunes Français massacrés en ce lieu le jour de la Libération de Paris.

À cette occasion, Monsieur Pierre-Emmanuel PORTHERET a procédé à la lecture d’un message rappelant l’essence de l’engagement patriotique et appelant a ce que le  souvenir du tragique destin de ces 11 jeunes ne soit pas perdu, et que ces lieux soient toujours respectés, pour que vive la France.

 

"Seul le prononcé fait foi"

Cérémonie en hommage aux 11 fusillés FFI de Villeneuve-saint-Denis
Dimanche 28 août 2016
 
- Monsieur le Président du Conseil Départemental,
- Mesdames et Messieurs les maires,
- Mesdames et messieurs les élus,
- Messieurs les représentants des autorités militaires et civiles,
- Monsieur le directeur de l’ONACVG
- Mesdames et Messieurs les Présidents d’associations d’anciens combattants et de victimes de guerre,
- Mesdames et Messieurs les Porte-drapeaux
- Mesdames, Messieurs,
 
Il y a 72 ANS, le 25 août 1944, dans l’après midi des coups de feu crépitent dans cette forêt briarde : ONZE jeunes viennent d’être assassinés  par une troupe nazi en déroute.
Comme tous les ans,  nous nous retrouvons ici, en bordure de la forêt de Ferrieres,  pour nous souvenir et honorer tous ceux qui ont donné leur vie pour que la France soit une démocratie et pour que nous vivions libres.
Ils avaient 17, 19, 20, 26 ans. Tous étaient les fils de l’appel du 18 juin 1940. Tous étaient les fils de la France qui voulait rester libre. Comme de nombreux résistants tombés si jeunes, ils ont représenté en pleine occupation l’espoir d’un renouveau qu’ils n’ont pas eu la chance de connaître.
Les Allemands étaient chez nous, chez vous, donc chez eux. On leur serinait  "Résigne-toi", mais ils n'en pouvaient plus. Ils ont pris le chemin du maquis, de la clandestinité et des armes. Personne n'a demandé d'où ils venaient et où ils allaient.
Quand à ceux qui le savaient, ils se devaient d’effacer leur passage.
Ces onze jeunes âgés de 17 à 26 ans ont  leur place, à côté de toutes ces femmes et tous ces hommes, vivants et morts qui partout, en Afrique, en Italie, sur les plages de Normandie, de Provence, à Paris, en Allemagne, dans les camps de concentration ont dit la part prise par la France à la lutte mondiale pour la liberté, et ont permis le grand éblouissement de la Libération.
Ces martyrs, ces frères d’armes, sont restés unis dans la mort comme dans le combat. Ils nous laissent un message, tel celui qu’écrivit Guy MOQUET  en post-scriptum de sa lettre : « Les copains / vous qui restez soyez dignes de nous ! ».
L’insouciance de leur jeunesse a été sacrifiée par des gouvernants indignes, qui oubliant l’honneur, ont livré le pays à la servitude et la désespérance. Ils étaient de ceux qui quoi qu'il arrive, considéraient que la flamme de la résistance française ne devait  pas s'éteindre et ne s'éteindrait pas.
Tous étaient des fils de l’appel du 18 juin 1940, ils sont morts le 25 Aout 1944 sans savoir que Paris était enfin libéré et que le général de Gaulle du haut du balcon de l’hôtel de ville s’exprimait en disant : « ….Non ! Nous ne dissimulerons pas cette émotion profonde et sacrée. Il y a là des minutes qui dépassent chacune de nos pauvres vies »…. ».puisque l'ennemi qui tenait Paris a capitulé dans nos mains, la France rentre à Paris, chez elle. Elle y rentre sanglante, mais bien résolue. Elle y rentre, éclairée par l'immense leçon, mais plus certaine que jamais, de ses devoirs et de ses droits. » 
En cette journée de souvenir, nous devons, dans un devoir de mémoire inextinguible vis-à-vis de ces 11 fusillés, assassinés dans cette forêt, rappeler que leur résistance relève d’un acte de bravoure et d’engagement collectif dont nous devons tous être fiers.
Ces frères d’armes, restés unis dans la mort comme dans le combat, nous laissent un message et un immense héritage, pour que vivent les valeurs de la patrie, de l’humanisme, de la justice et de la tolérance.
Comme eux, faisons nôtre cette déclaration du général de Gaulle qu’ils purent lire dans la presse clandestine le 23 juin 1942 :
« Nous voulons que les Français puissent vivre dans la sécurité. A l'extérieur, il faudra que soient obtenues, contre l'envahisseur séculaire, les garanties matérielles qui le rendront incapable d'agression et d'oppression. A l'intérieur, il faudra que soient réalisées, contre la tyrannie du perpétuel abus, les garanties pratiques qui assureront à chacun la liberté et la dignité dans son travail et dans son existence. La sécurité nationale et la sécurité sociale sont, pour nous, des buts impératifs et conjugués.
Nous voulons que l'organisation mécanique des masses humaines, que l'ennemi a réalisée au mépris de toute religion, de toute morale, de toute charité, sous prétexte d'être assez fort pour pouvoir opprimer les autres, soit définitivement abolie. » 
Que jamais le souvenir de ce tragique passé ne soit perdu, et que ces lieux soient toujours respectés, pour que vive la France.
Anna Marly, le "Troubadour de la Résistance", dont le Général de Gaulle écrivit qu'"elle fit de son talent une arme pour la France chantait des 1942 dans le dernier couplet de la complainte du Partisan :
Le vent souffle sur les tombes
La liberté reviendra
On nous oubliera
Nous rentrerons dans l'ombre
Roland Dorgelès, écrivain et combattant de 14/18, écrivit un jour « On nous oubliera, le temps inexorable fera son œuvre, les soldats mourront une seconde fois… ».
Nous avons donc un devoir à l’égard de tous ceux qui sont tombés ici pour notre Patrie, ils sont une partie sacrée et inaliénable de notre héritage. Sans leur sacrifice nous ne serions rien.
Le sang qui a été versé dans le foret de Ferrière, comme celui qui le fut sur les sillons des terres de France, ou en des contrées plus lointaines, fait partie d’un tout et ce tout est une partie du patrimoine génétique de notre Nation.
Ces martyrs sont pour l’éternité des combattants des légions de "l'armée des ombres ", qu’André MALRAUX voyait accompagner Jean MOULIN lors de son entrée au Panthéon.
Ils appartiennent au "terrible cortège. Avec ceux qui sont morts dans les caves sans avoir parlé, et même, ce qui est peut-être plus atroce, en ayant parlé ; avec tous les rayés et tous les tondus des camps de concentration, avec le dernier corps trébuchant des affreuses files de Nuit et Brouillard, enfin tombé sous les crosses ; avec les huit mille Françaises qui ne sont pas revenues des bagnes, avec la dernière femme morte à Ravensbrück pour avoir donné asile à l'un des nôtres." 
En leurs noms nous devons transmettre l'héritage de valeurs qu’ils nous ont légué avec au premier rang d’entre-elles l’amour de la Patrie.
Car nous sommes paradoxalement enclins à manquer de piété vis-à-vis de la patrie en raison de la surabondance des biens qu’elle procure. On sait reconnaître les petites choses que l’on nous donne mais quand c’est très grand, nous croyons que c’est dû.
Quand il s’agit de ce que nous avons reçu de la France, depuis quinze cents ans, depuis Reims, on peut bien, n’est-ce pas, gaspiller l’héritage ! On a l’impression qu’il en restera toujours quelque chose et faute de sanction immédiate, on n’a pas le sentiment que cette impiété est une faute contre la justice et plus encore, s’il est possible, contre la charité… nous méritons (alors) le mot que Cicéron appliquait à ceux qui n’avaient pas l’amour de la patrie, « ces criminels semblables à des parricides ».
Dans les périodes troublées du monde dans lequel nous vivons, les attentats de janvier et de Novembre 2016, ceux de cet été nous l’ont douloureusement rappelé, il est important de pouvoir s’appuyer et travailler avec des femmes et des hommes qui ont avant tout des valeurs fortes et intransigeantes en commun.
Servir la patrie, c'est n'être plus soi. C'est n'être plus à soi. C'est n'avoir presque pas de droits, c'est ne point connaître son intérêt propre. C'est en tout cas le sacrifier toujours à l'intérêt général. C'est penser, vouloir et agir en fonction des autres.
Des autres valeurs nous devons retenir le don de soi pour défendre le droit et la volonté de servir en toutes circonstances les valeurs de la République marquées dans sa devise nationale : Liberté, Egalité, Fraternité.
Que jamais le souvenir de ce tragique passé ne soit perdu, et que ces lieux soient toujours respectés, pour que vive la France.
Je vous remercie